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LES TERRES DE L EBRE

Douce alchimie méditerranéenne et catalane.
Au sud de la Catalogne, dans la province de Tarragone, les Terres de l'Ebre se distinguent par leur patrimoine exceptionnel. L'UNESCO ne les désigna-t-elle pas "réserve de biosphère" en 2013 ?

Leurs quatre chaînes de montagnes offrent un point culminant à 1 447 mètres, des pentes abruptes, des pics joliment découpés par l'érosion et de nombreuses grottes, où les stalactites défient parfois les lois de la gravité. La vigne s'épanouit sur le plateau de Terra Alta, près d'amandiers et oliviers millénaires. Au milieu coule l'Ebre, le plus puissant fleuve espagnol, entouré de forêts, marais et plaines sableuses, jusqu'à former l'une des zones humides les plus importantes de Méditerranée occidentale. Le parc naturel du Delta de l'Ebre n'est ainsi qu'à quelques dizaines de kilomètres de celui d'Els Ports, massif granitique immortalisé sur une soixantaine de toiles de Pablo Picasso. La réserve de biosphère compte en outre 300 sites culturels d'importance. Des peintures rupestres attribuées aux Ibères y sont inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1998. Des tours de guet d'origine médiévale -  et parfois sarrasine - subsistent le long de la côte et du fleuve. Monument le plus visité, le Castillo de Miravet est une forteresse templière surplombant avantageusement l'Ebre. Bâti à l'emplacement d'un château arabe tombé entre les mains de l'Ordre en 1153, il connut aussi les affres de la guerre civile espagnole (1936-1939). La Fête de la Renaissance anime, en juillet, les rues de Tortosa aux beaux bâtiments du XVIe siècle... Cerise sur le gâteau, les Terres de l'Ebre figurent depuis 2016 parmi les 100 premières destinations du tourisme durable (http://greendestinations.org/2017-top100) ! Gage qu'elles mettent tout en œuvre pour préserver leurs paysages et qualité de vie. Pour ma visite se limitant aux villages de pêcheurs et 142 km du littoral, une voiture de location m'attend à l'aéroport de Barcelone. De là, je ne suis, par l'AP-7, qu'à 134 km de ma première étape. L'autoroute monte par ailleurs jusqu'à la frontière française au col du Perthus.

 

L'Ametlla de Mar, vigie catalane

 

Village aux façades blanches et 6 900 habitants, L'Ametlla de Mar réserve bien des surprises au voyageur curieux. Au nord, je m'arrête d'abord au château de Sant Jordi d'Alfama, achevé en 1733. Près de la belle plage du même nom, on trouve encore des fondations de la forteresse templière du XIIIe siècle, siège de l'ordre de Saint-Georges de l'Alfama, fondé à cette époque pour protéger les côtes des pirates sarrasins. Si dans le port mouille la plus grande flotte provinciale de thoniers, la sarsuela catalane de mon dîner fait la part belle à la pêche locale : encornet, gambas, langoustines, moules et palourdes... Ils abondent dans les eaux cristallines, dont les herbiers de posidonie et Pavillons bleus attestent la pureté. Le lendemain, je visite d'abord une batterie côtière de la guerre civile espagnole, communément appelée « Les Fortifications ». Puis le Musée de Céramique Populaire, au milieu des pins, caroubiers et oliviers. Il expose sans doute la plus grande collection de poteries d'Europe, avec 4 500 pièces ibériques des deux derniers siècles, dont pas moins de 32 types de cruches ! Rien de bête donc dans une cruche pour qui sait regarder... Plus tard, un catamaran me conduit à une ferme piscicole, à près de 5 km de la côte. J'y nage au milieu de centaines de thons rouges ! Les voir passer tout près de soi pour se saisir de petits poissons est très impressionnant, car certains pèsent ici plus de 200 kg ! Au retour, je médite, en dégustant un sashimi, sur les 3 m de long et 600 kg des plus gros spécimens en pleine mer. Un arròs negre - riz à l'encre de seiche - fait mon dîner.

 

De L'Ametlla de Mar à L'Ampolla sur le GR92

 

Le troisième jour, sac au dos, je m'achète une clotxa. C'était autrefois le déjeuner traditionnel des paysans pendant les vendanges : un pain de campagne farci de tomates, oignons et ail grillés, accompagné de sardines séchées et d'huile d'olive. Puis je me lance sur le GR 92, appelé aussi « Sentier de la Méditerranée », qui longe toute la côte catalane. Elle est particulièrement séduisante entre L'Ametlla de Mar et L'Ampolla, avec ses rochers ocre ou de marne jaune, ses pins, oliviers et agaves, ses criques secrètes aux eaux translucides... Les plus grandes plages de gravier sont celles de Santa Llúcia et Morro de Gos. Passé le cap Roig, déjà sur le territoire de la commune de L'Ampolla, une plage de sable est bordée de falaises cuivrées. Le GR 92 emprunte ici d'anciens chemins de ronde des carabiniers, les douaniers espagnols. 18 km de bonheur et d'un effort modéré, ponctués de plusieurs arrêts pour déjeuner et me rafraîchir. Je récupère ma voiture et retourne à L'Ampolla pour la nuit.

 

L'Ampolla, porte du delta

 

Des pièces de monnaie, amphores, statuettes féminines en terre cuite et autres vestiges de l'époque préromaine attestent l'histoire plurimillénaire de L'Ampolla. Le village compte aujourd'hui 3 350 habitants. Je déjeune d'excellentes huîtres et moules de la baie d'El Fangar, où le mélange des eaux de la Méditerranée et de l'Ebre offre des conditions optimales de température et de salinité. Puis je me promène à l'intérieur des terres, entre torrents asséchés, murets et oliviers. L'arbre fut acclimaté ici par les Phéniciens et les Grecs. Avant d'être cultivée, cette contrée de pierres et de garrigue était recouverte d'une couche calcaire que les agriculteurs durent retirer. Les pierres furent utilisées pour la construction de murets de soutènement, d'habitations et de citernes, ou simplement entassées par rangées au milieu des champs. Des étangs argileux se révèlent artificiels, utilisés autrefois comme abreuvoirs pour les animaux.

 

Le parc naturel du Delta de l'Ebre

 

L'Ampolla est la porte d'entrée du parc naturel du Delta de l'Ebre, où je me promène à vélo puis à cheval. Avec 320 km2, le delta est, après la Camargue, la plus grande zone humide de Méditerranée occidentale. La terre, la mer et le ciel s'y confondent au printemps, une fois les rizières mises en eau. Puis les plants de riz émergés font un immense tapis vert le long des chemins. Le grain bénéficie de l'appellation d'origine protégée. Les algues, crustacés et insectes de ce marécage nourrissent plus de 400 espèces d'oiseaux, soit plus de 60 % des espèces présentes dans l'ensemble de l'Europe, en grande partie migratoires : busard des roseaux, martin-pêcheur, héron bihoreau, martinet à collier roux, flamant rose, pie et perdrix de mer... Toutes les zones humides du delta sont, bien sûr, labellisées Natura 2000. Plus de 700 plantes différentes en font également un paradis pour les botanistes. Sur les berges de l'Ebre poussent le peuplier blanc, l'orme, l'aulne, le tremble et l'eucalyptus. Le littoral se partage entre lagunes plantées de joncs, roseaux, plantes halophiles et longues plages de sable désertes, jalonnées de cordons de dunes. A la presqu'île d'El Fangar, la Méditerranée offre certains de ses plus beaux levers de soleil. Je dîne à L'Ampolla d'une anguille « aplatie » - ouverte, séchée au soleil puis assaisonnée de sel et de paprika - servie avec un riz a banda, c'est-à-dire au fumet de poisson, le tout arrosé d'un Garnatxa Blanca de Terra Alta.

 

Sant Carles de la Ràpita, baie des délices

 

A 30 km au sud de L'Ampolla, la ville de Sant Carles de la Ràpita s'étend au pied des basses montagnes de la Serra de Montsià. Trouvant son origine dans une forteresse maure, elle est située face à l'un des plus grands ports naturels d'Europe. La baie des Alfacs, fermée à l'est par l'isthme du Trabucador reliant le delta à la Pointe de la Banya, se déploie en effet sur pas moins de 5 894 hectares et une profondeur moyenne de 4 mètres. Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, le roi Charles III ambitionna d'y construire l'un des grands ports de commerce de la Méditerranée occidentale. Si le projet ne lui survécut pas, il laissa sa marque dans l'urbanisme. Des vaisseaux napoléoniens mouillèrent dans les parages quelques années plus tard. Forte aujourd'hui de 14 900 habitants, Sant Carles de la Ràpita est une station balnéaire et un port de pêche importants. L'intéressant Musée de la Mer de l'Ebre me plonge dans la géographie, l'histoire et les écosystèmes locaux. Puis une sortie en bateau me fait faire le tour de la baie des Alfacs. Je savoure bientôt avec un vin blanc pétillant, au-dessus même des parcs, les huîtres et moules tout juste pêchées. Gonflant leurs voiles respectives, kitesurfeurs et véliplanchistes rivalisent de vitesse près de l'isthme de Trabucador. J'apprends plus loin que l'extraction du sel dans le delta de l'Ebre commença au XIVe siècle. Situées à la Pointe de la Banya depuis 1869, les salines de la Trinidat s'étendent sur 970 hectares. Contiguë, la Réserve Naturelle de la Pointe de la Banya est le refuge de nombreux canards et échassiers, de rares mouettes Corsa et de l'unique colonie de flamants roses qui se reproduit en Catalogne. Alors que je retrouve dans la soirée le Pavillon Bleu sur les plages de la Garbí et les Delicias, des cigales de mer et crevettes cuites en croûte de sel s'invitent au dîner. Je monte le lendemain matin dans un petit bateau de pêche artisanale. Toujours dans la baie, des professionnels m'expliquent comment lancer les filets dans les eaux les moins profondes, puis capturer à la main les poissons encerclés. Je me console de ma maladresse avec une randonnée d'un peu plus d'une heure jusqu'au sommet de la Foradada (655 m), deuxième plus haute montagne de la Serra de Montsià. La vue panoramique sur la ville, la baie, l'horizon méditerranéen est là-haut à... couper le souffle.

 

Alcanar, jardin au bord de la mer

 

À 22 km au sud de Sant Carles de la Ràpita, Alcanar compte 9 400 habitants. Sur les contreforts de la Serra de Montsià, la localité se décline en trois noyaux distincts. À l'intérieur des terres, je me promène d'abord dans les rues étroites et escarpées de la ville médiévale. La citerne del Vall en grosses pierres de taille et l'Église Saint-Michel,  de style néoclassique, furent construites à la fin du XVIe siècle. L'abbaye adjacente date du XIXe siècle. La tour de Carrer Nou est le dernier vestige de la muraille médiévale. Des manoirs témoignent bien de l'opulence des grands propriétaires terriens du XIXe siècle. De style baroque valencien, la Maison O'Connor a conservé de belles peintures murales. Elle abrite aussi les 160 pièces antiques du Centre d'Interprétation de la Culture des Ibères, une visite obligée pour apprécier le site voisin de la Moleta del Remei. La place del Mirador offre une vue splendide sur le littoral, de la presqu'île de la Pointe de la Banya à l'embouchure du fleuve Sènia, limite sud de la Catalogne. Au nord s'étendent de vastes vergers. Alcanar est réputée pour ses oranges et clémentines, matières à délicieux sorbets... Dans un café accueillant, on me fait l'honneur d'une démonstration impromptue de danse des châles - une variante de la jota - au son du guitarró, une petite guitare traditionnelle. Je me rends ensuite à l'ermitage del Remei, de style gothique avec une extension baroque. Tout près, sept oliviers millénaires défient le temps. Je monte, bien sûr, à la fameuse Moleta del Remei. Une communauté pré-ibérique d'environ 500 personnes vécut sur cette colline jusque vers 600 avant J.C. Puis les Ibères prirent le relais du Ve siècle au IIe siècle avant J.C., jusqu'à la conquête romaine. À 4 km d'Alcanar, le village de pêcheurs de Les Cases d'Alcanar se développa, lui, autour d'une ancienne tour de guet, une fois levée la menace pirate au début du XVIIe siècle. J'y déjeune de crevettes grillées, cuites à la plancha avec du gros sel. Le Pavillon Bleu flotte sur la plage de Les Cases-Marjal, où subsistent des bunkers de la guerre d'Espagne. L'alternance de plages et de criques, de sable et de galets fait le charme d'Alcanar-Plage, déjà appréciée en son temps par Alphonse XII. Le Clos de Codorniu, ancienne villégiature royale de la seconde moitié du XIXe siècle, est aujourd'hui un bel hôtel entouré d'orangeraies.

 

Entre mer et montagne, eaux douce et salée, les Terres de l'Ebre charment par leur douceur de vivre, reflet d'une nature préservée.

 

TEXTE : SÉBASTIEN HOLUÉ

PHOTOS : © OFFICES DE TOURISME

 

Site TERRES DE L'EBRE : cliquez ici

Renseignements : Palau Climent C/ Montcada, 32 3a planta | 43500 Tortosa
Tel : 0034 977 44 44 47

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